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14 septembre 2026 · Questions de parents

Mon adolescent utilise ChatGPT pour ses devoirs : que faire ?

Le devoir est rendu. Il est propre, bien tourné, et pourtant quelque chose sonne faux. Après quelques questions, le parent apprend que le texte vient de ChatGPT. Vient alors la vraie question : faut-il interdire, laisser faire, ou poser un cadre ? Plutôt que de trancher à l’instinct, il est utile de partir de ce qui est effectivement écrit dans les règles d’accès, puis dans les textes de l’Éducation nationale.

Avant la pédagogie, la question de l’âge

Un point est souvent sauté : l’accès à l’outil est lui-même conditionné. Les conditions d’utilisation d’OpenAI indiquent qu’il faut avoir au moins 13 ans, ou l’âge minimal requis dans son pays, et que toute personne de moins de 18 ans doit disposer de la permission d’un parent ou d’un représentant légal (conditions d’utilisation d’OpenAI).

En France s’ajoute la règle du consentement numérique. La CNIL rappelle que, pour les traitements fondés sur le consentement, l’accord du ou des titulaires de l’autorité parentale doit être recueilli conjointement avec celui de l’enfant tant que celui-ci a moins de 15 ans, sur le fondement de l’article 45 de la loi Informatique et Libertés (recommandation de la CNIL).

Ce que cela donne concrètement à la maison : avant 13 ans, aucun compte sur ces services. Entre 13 et 18 ans, l’accord parental est requis, et il n’est pas une formalité, puisqu’il engage le parent sur ce qui est fait de l’outil. En France, la barre des 15 ans détermine en outre ce que l’enfant peut accepter seul lorsque le service repose sur le consentement.

Ce que prévoit l’Éducation nationale

Le ministère de l’Éducation nationale a publié en juin 2025 un cadre d’usage de l’intelligence artificielle en éducation. Ce texte précise que l’usage autonome de ces outils par les élèves ne sera autorisé qu’à partir de la classe de 4e, et prévoit une micro-formation des élèves sur la plateforme Pix en 4e et en 2de à partir de la rentrée 2025 (ministère de l’Éducation nationale).

Deux enseignements pour un parent. D’abord, il existe un repère d’âge extérieur à la famille, ce qui évite de transformer la discussion en rapport de force domestique. Ensuite, l’institution ne traite pas ces outils comme interdits par principe, mais comme encadrés : la question posée à la maison peut donc être la même, celle du cadre, plutôt que celle de l’autorisation de principe.

Trois usages à ne pas confondre

Parler des devoirs faits avec ChatGPT mélange des situations très différentes. Les séparer rend la conversation nettement plus simple, parce qu’elle ne porte plus sur l’outil, mais sur ce que l’élève en fait.

UsageCe que fait l’élèveCe qu’il en retire
SubstitutionIl recopie la réponse produite, sans l’avoir travailléeRien de l’exercice, et une note qui ne mesure plus rien
Assistance après coupIl rédige d’abord, puis demande une relecture, une reformulation, un contre-exempleUne consolidation réelle, à condition de vérifier la correction proposée
Exploration en amontIl demande des explications sur une notion avant de commencerUn gain variable, entièrement dépendant de la vérification des affirmations

Seule la première ligne pose un problème de fond. Les deux autres demandent surtout une habitude de vérification, qui s’acquiert et qui se travaille.

Cinq questions à poser avant de trancher

  1. Le devoir a-t-il été rédigé avant ou après le passage par l’outil ? La réponse situe immédiatement l’usage dans l’un des trois cas ci-dessus.
  2. Que se passe-t-il si l’on demande à l’enfant d’expliquer son propre texte à l’oral, sans le relire ? C’est le test le plus rapide et le moins conflictuel.
  3. Une affirmation du texte a-t-elle été vérifiée ailleurs ? Si aucune ne l’a été, la question n’est plus celle de la triche, mais celle de la fiabilité.
  4. Des informations personnelles ont-elles été saisies ? La CNIL indique que les utilisateurs ne devraient soumettre que des informations qu’ils sont autorisés à partager, et éviter toute donnée confidentielle sur un service accessible au public (questions-réponses de la CNIL).
  5. L’enseignant a-t-il donné une consigne sur ce point ? Beaucoup d’établissements en ont formulé une, et elle prime sur l’arbitrage familial.

L’erreur la plus fréquente

L’erreur n’est ni d’interdire ni d’autoriser. Elle consiste à traiter le texte produit comme une réponse vérifiée. Un modèle de langage est, selon la définition de la CNIL, un modèle statistique de la distribution d’unités linguistiques dans une langue naturelle, capable de prédire le mot suivant d’une séquence (définition de la CNIL). Ce mécanisme produit des formulations plausibles. La plausibilité n’est pas l’exactitude, et rien dans la mise en forme d’une réponse n’indique si elle est juste.

La conséquence pratique est directe : un devoir sorti tel quel d’un tel outil peut contenir une date fausse, une référence inexistante ou un raisonnement qui s’effondre à la deuxième question. Demander la vérification est donc plus efficace que demander l’abstinence, et cela reste vrai à mesure que l’enfant grandit.

Poser un cadre qui tienne dans la durée

Un cadre utile tient en peu de règles, formulées à l’avance plutôt qu’après un incident. Par exemple : on rédige d’abord, on consulte ensuite ; on signale ce qui a été utilisé ; on vérifie au moins une affirmation dans une source indépendante ; on ne saisit ni nom, ni adresse, ni information concernant un tiers. Ces quatre points se discutent en dix minutes et se vérifient sans surveillance permanente.

Pour les plus jeunes de la fratrie, la question ne se pose pas dans les mêmes termes : il ne s’agit pas d’encadrer un usage, mais de construire les notions en amont, hors écran. C’est l’objet du parcours Curieux, conçu pour les 3 à 7 ans, et des activités à faire à la maison, qui abordent le tri, la consigne et l’erreur sans passer par un outil en ligne.

Interdire ferme la discussion sans la résoudre. Autoriser sans cadre revient à déléguer la vérification à un enfant qui n’a pas encore les moyens de l’exercer. Entre les deux, la position tenable consiste à nommer les trois usages, à imposer la vérification, et à s’en tenir aux règles d’âge fixées par les services eux-mêmes.

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