Le mot revient partout, dans les articles comme dans les conversations d’enfants : le prompt. Derrière l’anglicisme se cache une chose très simple, et il vaut la peine de la nommer correctement, parce qu’elle détermine une grande partie de ce que produisent ces outils. Voici de quoi il s’agit, sans vocabulaire technique, et ce qu’un parent peut en retenir d’utile.
Une définition sans jargon
Un prompt, que l’on traduit en français par invite ou consigne, est le texte saisi dans la zone de dialogue. C’est tout. Ce n’est pas une commande secrète, ni une formule magique, ni un langage de programmation. C’est une suite de mots fournie à un logiciel, à partir de laquelle celui-ci produit une suite de mots en retour.
Pour saisir pourquoi cette suite de mots pèse autant, il faut regarder ce qu’est le système qui la reçoit. La CNIL définit un modèle de langage comme un modèle statistique de la distribution d’unités linguistiques, par exemple des lettres, des phonèmes ou des mots, dans une langue naturelle ; ces systèmes sont capables de prédire le mot suivant d’une séquence donnée (définition de la CNIL).
Autrement dit, le texte saisi constitue le début de la séquence. Le logiciel calcule la suite la plus probable, mot après mot, d’après les régularités relevées dans les données qui ont servi à l’entraîner. Le prompt n’est donc pas une question posée à quelqu’un : c’est le point de départ d’un calcul.
Pourquoi deux formulations donnent deux résultats
Cette mécanique explique une observation que font tous les utilisateurs : reformuler une demande change la réponse, parfois du tout au tout. Ce n’est pas de la susceptibilité, ni un caprice du logiciel. Si le début de la séquence change, la suite la plus probable change aussi.
C’est également pour cette raison qu’une même demande, posée deux fois à l’identique, peut produire deux textes différents. Ces systèmes ne relisent pas une fiche : ils recalculent. Et rien dans la présentation soignée d’une réponse n’indique si son contenu est exact.
Quatre éléments qui rendent une consigne exploitable
- La tâche demandée, formulée par un verbe : résumer, comparer, lister, traduire, corriger. Une demande sans verbe laisse tout ouvert.
- La matière sur laquelle travailler : un texte fourni, un sujet délimité, une période précise. Sans elle, le logiciel produit un texte générique.
- La forme attendue : une longueur, un nombre de points, un tableau, un niveau de langue. C’est l’élément le plus souvent oublié, et celui qui change le plus le résultat.
- Les limites : ce qu’il ne faut pas inclure, le public visé, la langue. Elles évitent la moitié des reformulations ultérieures.
Ces quatre éléments ne relèvent d’aucune technique particulière. Ils correspondent à ce que l’on préciserait à une personne à qui l’on confierait la même tâche sans pouvoir répondre à ses questions.
Consigne vague, consigne délimitée
| Consigne vague | Ce qui manque | Consigne délimitée |
|---|---|---|
| Parle-moi des volcans | La tâche, la forme, le public | Explique en dix lignes comment se forme un volcan, pour un enfant de huit ans |
| Corrige mon texte | La nature de la correction | Corrige uniquement l’orthographe de ce texte, sans changer les tournures |
| Fais un résumé | La matière et la longueur | Résume le texte ci-dessous en cinq points, sans ajouter d’information extérieure |
| Donne-moi des idées d’activités | L’âge, la durée, les contraintes | Propose cinq activités sans écran, de vingt minutes, pour un enfant de six ans |
La colonne du milieu est la plus instructive. Dans chaque cas, ce qui manque n’est pas une astuce de rédaction, mais une information que l’utilisateur avait en tête sans l’avoir écrite.
Ce qu’il vaut mieux ne pas écrire dans une consigne
Le texte saisi part sur les serveurs du fournisseur, et peut, selon les conditions générales du service, être réutilisé. La CNIL indique que les utilisateurs finaux ne devraient soumettre que des informations qu’ils sont autorisés à partager, et qu’il ne faut pas inclure d’informations confidentielles, telles que des données personnelles ou des secrets d’affaires, dans les services accessibles au public (questions-réponses de la CNIL).
Pour une famille, cela se traduit par une règle courte : ni nom complet, ni adresse, ni établissement scolaire, ni photo, ni information concernant une autre personne. Un devoir peut être recopié sans son en-tête. Une question médicale peut être posée sans mentionner qui elle concerne.
S’agissant des mineurs, les règles d’accès priment sur la manière de rédiger une consigne. Avant 13 ans, aucun compte ne doit être ouvert sur ces services. Entre 13 et 18 ans, l’accord d’un parent ou d’un représentant légal est requis (conditions d’utilisation d’OpenAI). En France, le consentement numérique est fixé à 15 ans par l’article 45 de la loi Informatique et Libertés, l’accord parental devant être recueilli conjointement avec celui de l’enfant en deçà de cet âge (recommandation de la CNIL).
Ce qu’une consigne ne peut pas faire
Une consigne bien rédigée améliore la forme, la précision et la pertinence de ce qui est produit. Elle ne rend pas le contenu exact pour autant. Aucune formulation ne transforme un calcul de probabilité en vérification de faits, et demander à l’outil s’il est sûr de lui ne constitue pas une vérification : cette réponse est produite par le même mécanisme que la précédente.
C’est la limite à transmettre en priorité à un enfant ou à un adolescent. Une consigne précise réduit le hors sujet ; elle ne remplace pas une source. La vérification reste extérieure à l’outil, dans un manuel, un site de référence ou auprès d’un adulte.
Pour travailler cette notion de consigne avec des enfants plus jeunes, sans passer par un écran, le cahier des Curieux propose des exercices à imprimer, et les histoires abordent les mêmes idées sous forme de récit.
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Écrire une bonne consigne, ça s’apprend
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