« Je voudrais fabriquer un dragon qui joue du piano. » La demande arrive souvent vers huit ou neuf ans, après qu’un camarade a montré une image faite de cette manière. Elle n’a rien d’inquiétant en soi : fabriquer une image improbable est une envie de dessinateur. Elle ouvre en revanche trois sujets qu’il vaut mieux régler avant la première image, et non après : le compte, ce qui part dans la demande, et le fichier qui en sort.
Cet article ne tranche pas à votre place. Il met en ordre les éléments vérifiables, pour que la décision soit prise une fois, clairement, plutôt que renégociée chaque samedi.
Le compte n’est pas un détail technique
Générer une image ne se fait pas sur l’ordinateur familial, en local. La demande part vers un service en ligne, qui calcule l’image sur ses propres machines et la renvoie. Il y a donc un compte, des conditions d’utilisation, et un responsable de ce compte.
C’est le point que les familles sautent le plus souvent. Un enfant qui utilise le compte d’un parent n’enfreint rien, mais il utilise un compte dont le parent reste responsable. Un enfant qui ouvre son propre compte en avançant une fausse date de naissance crée une situation inverse : le service n’enregistre aucune information exacte sur son âge, et aucun réglage adapté ne peut s’appliquer. Entre les deux, la première solution est la plus simple à tenir.
Les trois repères d’âge, formulés exactement
Ces repères circulent souvent déformés. Voici ce que disent les textes, avec les liens pour les relire.
- Moins de 13 ans : pas de compte personnel sur ces services. Les conditions d’utilisation de ChatGPT fixent un minimum de 13 ans, ou l’âge minimum requis dans le pays, selon le plus élevé des deux (conditions d’utilisation d’OpenAI).
- De 13 à 18 ans : l’accord d’un parent ou d’un représentant légal est exigé par ces mêmes conditions. Ce n’est pas une recommandation d’usage, c’est une condition écrite.
- À partir de 15 ans en France, un mineur peut consentir seul à certains traitements de ses données ; en dessous de 15 ans, l’accord d’un parent est requis conjointement avec le sien, au titre de l’article 45 de la loi Informatique et Libertés (recommandation 4 de la CNIL).
Une précision utile, parce que l’erreur est répandue : il n’existe pas de « majorité numérique » reconnue à 15 ans en France. La CNIL écrit que les textes ne reconnaissent pas de « majorité numérique globale » à cet âge, et que le RGPD ne consacre pas la capacité du mineur à s’inscrire seul sur un réseau social (recommandation 1 de la CNIL). Un accord donné seul à 15 ans porte sur certains traitements précis, pas sur l’ouverture de n’importe quel compte.
Ce qui part réellement avec une demande d’image
Deux choses quittent la maison à chaque demande. La première est le texte de la consigne. Un enfant décrit volontiers son univers : le prénom de sa sœur, le nom de son école, la ville, le chien, la chambre. Ces détails n’améliorent pas l’image et sortent du foyer.
La seconde est le fichier envoyé en référence, quand le service le permet. C’est le point le plus sensible. Une photo de classe transmise pour « mettre les copains en dessin animé » est une photo d’enfants qui ne sont pas les vôtres, envoyée sans l’accord de leurs parents. La règle à poser est courte : aucune photo de personne réelle en entrée, jamais, y compris les photos de famille.
Un modèle d’image ne regarde pas une photo au sens où un humain la regarde. Il la convertit en valeurs numériques et calcule une sortie à partir de ces valeurs. Cela ne rend pas l’envoi anodin : le fichier a bien été transmis, et c’est ce transfert qui compte.
Ce que contient le fichier produit
Une image générée peut être accompagnée d’un certificat de provenance. La norme la plus répandue sur ce point s’appelle C2PA, ou Content Credentials. Sa spécification décrit un enregistrement signé qui permet de déclarer comment un contenu a été créé, ce qui a été modifié, et par quoi ; chaque modification s’ajoute à l’historique au lieu de l’effacer. La version 2.2 de la norme prévoit un type de source dédié aux contenus produits par un modèle entraîné (spécification technique C2PA 2.2).
Deux conséquences pratiques, en sens opposés. D’un côté, une image partagée en ligne peut porter une mention de son origine, consultable à condition de savoir où regarder. De l’autre, cette même spécification prévoit des cas où des éléments de l’enregistrement sont retirés. L’absence de certificat ne démontre donc rien du tout. Une image sans Content Credentials peut être une photo authentique, comme elle peut être une image générée dont la trace a disparu en route.
Pour un enfant, la phrase à retenir tient en une ligne : une image produite par un service en ligne peut garder une étiquette d’origine, et une image sans étiquette ne prouve rien.
Quatre règles à poser avant la première image
- L’adulte ouvre la session et reste dans la pièce. Pas de compte au nom de l’enfant avant les seuils rappelés plus haut.
- Aucune photo de personne réelle envoyée en entrée. Les personnages se décrivent avec des mots.
- Aucun prénom, aucun nom d’école, aucune adresse dans la consigne. Un dragon n’a pas besoin d’habiter une rue précise.
- Toute image produite reste dans la famille, sauf décision explicite de l’adulte. Publier une image, c’est publier, même quand elle est dessinée.
Ces quatre règles se déclinent ensuite selon l’âge, du plus encadré au plus autonome.
| Âge | Qui pilote | Ce qui reste exclu |
|---|---|---|
| 3 à 7 ans | L’adulte seul, l’enfant regarde et dicte oralement | Tout usage autonome ; le papier reste préférable à cet âge |
| 8 à 12 ans | L’adulte ouvre la session, l’enfant formule la consigne | Compte personnel, photos en entrée, publication |
| 13 à 15 ans | Compte possible avec accord parental, consigne relue | Photos de tiers, données du foyer, publication sans accord |
| 15 à 18 ans | Usage largement autonome, cadre écrit et revu | Photos de tiers, images d’apparence réaliste mises en ligne |
Et avant les écrans, le crayon
Une remarque qui revient souvent chez les parents : l’envie de générer une image arrive parfois avant l’envie de dessiner. L’ordre inverse donne de meilleurs résultats. Un enfant qui a passé une demi-heure à inventer un animal au crayon regarde ensuite une image générée d’un autre œil : il voit un résultat produit par un calcul, et non une baguette magique. Les activités sans écran du parcours Curieux et du cahier des Curieux sont construites pour cet ordre-là.
Pour les plus jeunes, les pages de coloriages rendent le même service, en plus court. La question du compte peut alors attendre quelques années sans que personne ne se sente privé de quoi que ce soit.
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