Voici une activité de vingt minutes, sans écran, qui demande deux crayons, deux feuilles et une personne de bonne volonté. Elle montre une chose précise : un outil d’intelligence artificielle produit un résultat à partir de la consigne reçue, et non à partir de l’intention qui se trouvait derrière.
Le principe est ancien et connu des enseignants : une personne décrit un dessin, l’autre le reproduit sans le voir. L’écart entre les deux feuilles est l’enseignement de l’activité. Il se mesure, se commente, et se réduit d’un tour à l’autre.
Le matériel à préparer
- Deux feuilles de papier et deux crayons.
- Trois dessins simples, préparés à l’avance par l’adulte et gardés cachés : par exemple une maison avec un arbre à gauche et un soleil dans l’angle, puis un bonhomme tenant un ballon, puis une figure géométrique composée de trois formes qui se touchent.
- Une surface qui empêche de voir la feuille voisine : deux chaises dos à dos suffisent, ou un carton posé au milieu de la table.
- Un minuteur, ou simplement une montre.
Durée totale : vingt minutes pour les trois tours. L’activité fonctionne à deux, et très bien à trois, la troisième personne tenant le rôle d’observateur silencieux.
Le déroulé, pas à pas
- Installez les deux joueurs dos à dos, chacun avec une feuille et un crayon. Celui qui dicte garde le premier dessin caché. Celui qui dessine ne voit rien.
- Premier tour, trois minutes, sans aucune question. La personne qui dicte décrit le dessin avec des mots. L’autre dessine en silence. Aucune question, aucun geste, aucun regard par-dessus l’épaule.
- Comparez les deux feuilles côte à côte. Ne commentez pas la qualité du trait. Relevez uniquement les écarts, et notez-les à voix haute : quatre écarts, cinq écarts, peu importe le nombre exact.
- Deuxième tour, nouveau dessin, trois questions autorisées. Celui qui dessine a le droit de poser trois questions, pas une de plus. Comparez de nouveau, et comptez les écarts.
- Troisième tour, consigne écrite. La personne qui dicte rédige d’abord sa consigne sur une feuille : une phrase par élément, avec la position et la taille de chacun. Elle la lit ensuite à voix haute, sans rien ajouter. Comparez une dernière fois.
- Alignez les trois paires de feuilles sur la table et regardez l’évolution du nombre d’écarts. C’est le moment où l’activité se conclut d’elle-même.
Ce qui va se passer
Au premier tour, les deux dessins divergent, presque toujours au même endroit : les positions, les tailles relatives et les orientations. « En haut », « grand », « à côté » sont des mots relatifs, et chacun les remplit avec ce qu’il a en tête. L’expérience est frappante parce que la personne qui dictait était persuadée d’avoir été claire.
Au deuxième tour, les trois questions suffisent le plus souvent à faire tomber la moitié des écarts. Au troisième, la consigne écrite et ordonnée réduit encore la distance, sans jamais la ramener à zéro.
Le lien avec l’intelligence artificielle se fait alors en une phrase, et il vaut mieux la laisser venir de l’enfant. Un outil qui produit une image ou un texte travaille à partir de la consigne reçue. Il ne voit pas le dessin resté caché, il ne dispose pas de l’image mentale du demandeur, et il ne pose pas de question de lui-même. Il produit la version la plus plausible de ce qui a été écrit — ce qui, comme au premier tour, n’est pas forcément la version attendue.
L’erreur à éviter
L’erreur classique consiste à transformer l’activité en test de dessin. Dès qu’un enfant se sent jugé sur son trait, il cesse d’écouter la consigne et se concentre sur l’esthétique. Le compte des écarts perd alors tout sens.
Trois précautions suffisent. Annoncez dès le départ que les dessins seront volontairement ratés, et que c’est l’objectif. Interdisez les corrections en cours de route : la personne qui dicte ne doit pas voir la feuille avant la comparaison, sinon elle rectifie et l’activité ne montre plus rien. Enfin, inversez les rôles au moins une fois : l’enfant qui dicte découvre la difficulté de formuler, ce qui est la moitié de l’enseignement.
Adapter selon l’âge
| Âge | Dessin de départ | Durée | Ce qu’on en retient |
|---|---|---|---|
| 3 à 7 ans | Trois formes simples, dictées par l’adulte | 10 minutes | Les mots ne suffisent pas toujours à faire passer une idée |
| 8 à 10 ans | Un paysage à cinq éléments | 15 minutes | La position et la taille doivent être dites, elles ne se devinent pas |
| 11 à 13 ans | Une scène avec des relations : devant, derrière, à moitié caché | 20 minutes | Une consigne se structure, élément par élément |
| 14 ans et plus | Un schéma géométrique à reproduire exactement | 25 minutes | Une consigne se rédige, se relit et se corrige comme un texte |
Pour les plus jeunes, un aménagement fonctionne bien : remplacez le dessin par un assemblage de trois pièces de construction. Le résultat se compare d’un seul regard, et la motricité fine ne vient pas brouiller l’exercice.
Pour prolonger
Cette activité s’enchaîne naturellement avec une séance sur la formulation des consignes. Chez les 3-7 ans, le parcours Curieux aborde ces notions entièrement sans écran, et le cahier des Curieux propose des pages à imprimer qui reprennent le même principe de comparaison.
Si l’étape suivante consiste à essayer une consigne sur un véritable outil, trois repères s’imposent avant d’ouvrir un compte.
- En dessous de 13 ans, pas de compte personnel sur ces services : les conditions d’utilisation de ChatGPT fixent un âge minimum de 13 ans, ou l’âge minimum requis dans le pays pour consentir à utiliser le service (conditions d’utilisation d’OpenAI).
- Entre 13 et 18 ans, ces mêmes conditions exigent l’autorisation d’un parent ou du représentant légal.
- En France, à partir de 15 ans, un mineur peut consentir seul à certains traitements de ses données ; en dessous de 15 ans, l’accord d’un parent est requis conjointement avec celui de l’enfant, au titre de l’article 45 de la loi Informatique et Libertés (recommandation 4 de la CNIL). La CNIL précise par ailleurs que « les textes ne reconnaissent pas une « majorité numérique globale » à 15 ans » (recommandation 1 de la CNIL).
Dans tous les cas, l’essai sur écran gagne à venir après l’activité papier, et non avant. L’écart constaté entre deux feuilles reste l’explication la plus parlante, et elle ne demande aucun compte.
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