Vous découvrez, dans l’historique du navigateur ou sur une tablette familiale, un compte ouvert sur un service d’intelligence artificielle. Personne ne vous a demandé l’autorisation. La première réaction consiste souvent à supprimer dans la minute. Ce n’est pas toujours le meilleur enchaînement.
Cet article propose une marche à suivre en cinq temps : attendre un peu, poser les repères d’âge exacts, regarder ce que contient réellement le compte, décider, puis demander la suppression ou l’effacement des données si c’est le choix retenu.
Le premier réflexe n’est pas de supprimer
Un compte effacé dans la minute emporte avec lui l’information la plus utile : ce que votre enfant a fait avec cet outil, depuis quand, et avec quelles informations personnelles. Sans cette information, vous ne pouvez ni mesurer ce qui a été transmis à un tiers, ni ajuster les règles de la maison.
Dix minutes d’observation avant toute action changent la suite. Elles évitent aussi d’ouvrir la discussion par une accusation, ce qui conduit en général à un deuxième compte, créé plus discrètement.
Les trois repères d’âge, formulés exactement
Beaucoup d’articles résument ces règles de travers. Voici leur formulation d’origine, avec les sources à consulter directement.
- Moins de 13 ans : pas de compte personnel. Les conditions d’utilisation de ChatGPT fixent un âge minimum de 13 ans, ou l’âge minimum requis dans le pays pour consentir à utiliser le service — « You must be at least 13 years old or the minimum age required in your country to consent to use the Services » (conditions d’utilisation d’OpenAI).
- De 13 à 18 ans : accord d’un parent exigé. Ces mêmes conditions précisent que les personnes de moins de 18 ans doivent avoir l’autorisation d’un parent ou du représentant légal pour utiliser le service.
- À partir de 15 ans en France : consentement seul, pour certains traitements seulement. Un mineur de 15 ans ou plus peut consentir seul à certains traitements de ses données. En dessous de 15 ans, l’accord d’un parent est requis conjointement avec celui de l’enfant, au titre de l’article 45 de la loi Informatique et Libertés (recommandation 4 de la CNIL).
Une précision utile, car l’erreur circule beaucoup : la France ne reconnaît pas de « majorité numérique » à 15 ans. La CNIL écrit que « les textes ne reconnaissent pas une « majorité numérique globale » à 15 ans » (recommandation 1 de la CNIL). Un adolescent de 15 ans ne dispose donc pas d’un droit général à s’inscrire seul où il le souhaite.
Cinq vérifications à faire dans le compte
- L’adresse utilisée à l’inscription. Une adresse familiale laisse une trace et permet une récupération. Une adresse créée pour l’occasion signale au contraire une volonté de contourner, et il faudra la retrouver avant toute démarche.
- L’âge déclaré. Un âge faux saisi à l’inscription change la nature du problème : ce n’est plus un oubli, c’est une déclaration. C’est un point à aborder, calmement, mais à aborder.
- Le volume et la nature des échanges. L’objectif n’est pas de tout lire. Il s’agit de distinguer trois usages très différents : les devoirs, la curiosité technique, et les conversations personnelles sur la vie affective ou le moral.
- Les informations personnelles déjà saisies. Nom complet, nom de l’établissement, adresse, photographies, prénoms de camarades, difficultés de santé. Ce sont ces éléments qui justifient, le cas échéant, une demande d’effacement.
- Les réglages d’historique et de réutilisation des échanges. Ces réglages se trouvent dans les paramètres du compte et peuvent être modifiés avant même toute décision de suppression.
Supprimer, encadrer ou attendre : un tableau de décision
| Situation | Ce qui est en jeu | Décision raisonnable |
|---|---|---|
| Enfant de moins de 13 ans | L’âge minimum du service n’est pas respecté | Supprimer le compte, puis expliquer la raison plutôt que la sanction |
| 13 à 15 ans, aucune autorisation donnée | L’autorisation parentale manque, et l’accord conjoint est requis en dessous de 15 ans | Supprimer, ou recréer un compte dont vous détenez l’adresse et le mot de passe |
| 15 à 18 ans, usage scolaire assumé | L’autorisation parentale reste exigée par les conditions du service | Autoriser explicitement, avec des règles écrites et une relecture des réglages |
| Informations personnelles déjà saisies | Des données d’un mineur se trouvent chez un tiers | Demander l’effacement, y compris si le compte reste ouvert |
| Conversations personnelles sur le moral | Le sujet dépasse la question du compte | Traiter d’abord la conversation, le compte ensuite |
Comment demander la suppression, étape par étape
La procédure décrite par le service lui-même est la référence à suivre ; elle évolue, et une page d’aide vaut mieux qu’un tutoriel recopié.
- Depuis le navigateur, la suppression passe par les réglages du compte : rubrique « Settings », puis « Account », puis « Delete ». La confirmation demande l’adresse électronique ou le numéro de téléphone du compte, puis la saisie du mot DELETE.
- Les applications mobiles suivent une procédure distincte, décrite sur la même page d’aide.
- Si la connexion au compte est impossible, une demande de suppression peut être déposée depuis le portail de confidentialité du service, avec vérification de l’adresse ou du numéro associé.
- Un abonnement souscrit via l’App Store ou Google Play doit être résilié séparément : la suppression du compte ne l’annule pas.
- La suppression est présentée comme définitive, les données étant supprimées dans un délai de 30 jours, sauf conservation imposée par la loi (page d’aide d’OpenAI sur la suppression de compte).
Si le service refuse ou ne répond pas, il existe une voie de recours propre aux données collectées auprès d’un mineur. La CNIL décrit une procédure accélérée d’effacement lorsque la personne concernée était mineure au moment de la collecte : la plateforme doit effacer « dans les meilleurs délais » ; en cas de refus ou d’absence de réponse dans un délai d’un mois, la CNIL peut être saisie et dispose de trois semaines pour répondre (CNIL, loi pour une République numérique).
La conversation qui compte vraiment
Un compte supprimé règle un problème administratif. Il ne règle pas la raison pour laquelle ce compte a été créé. Dans la plupart des cas, cette raison est simple : un devoir impossible à finir, une curiosité, ou l’habitude d’un camarade.
Trois formulations aident à ouvrir l’échange sans le fermer aussitôt. « J’aimerais comprendre à quoi ce compte a servi. » « Qu’est-ce qui était plus facile avec cet outil qu’avec moi ? » « Qu’est-ce qui a été écrit dedans et qui ne devrait pas s’y trouver ? » La dernière question est la plus utile, parce qu’elle porte sur les données plutôt que sur la faute.
Reste le terrain le plus solide : expliquer le fonctionnement de ces outils avant d’en autoriser l’usage. Cela se fait très bien hors écran, et sans compte à créer. Les 24 activités du guide Malinia sont conçues pour cela, et plusieurs se mènent en moins d’un quart d’heure.
Un dernier point, souvent oublié : la décision prise aujourd’hui se réexamine. Un refus à 12 ans n’est pas un refus à 15 ans, et une autorisation donnée gagne à être accompagnée de deux ou trois règles écrites, relues ensemble au bout d’un mois.
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